L'IA, le bon, la brute et le truand - l'édition 2026
En 2018 je prédisais une révolution IA. En 2026, je relis mes notes : ce qui s'est réalisé, ce qui m'a échappé, et ce qu'il reste à gouverner.
En 2018, j'ai écrit une série intitulée L'intelligence artificielle, le bon, la brute et le truand. Je citais Asimov et je suppliais nos gouvernements de légiférer avant que les GAFA ne décident à notre place. Huit ans plus tard, je relis ces lignes avec un mélange de fierté et de gêne. Faisons l'exercice honnête : qu'est-ce qui s'est réalisé, et qu'est-ce que j'ai raté ?
Ce que j'avais vu venir
L'IA est devenue invisible parce qu'elle est partout - exactement comme je l'écrivais. Mais je sous-estimais la vitesse. L'IA générative a transformé l'écriture, le code, l'image et la voix en quelques années. Les assistants qui prenaient un rendez-vous au téléphone ont laissé place à des agents qui enchaînent des tâches entières sans demander la permission à chaque étape. C'était ma prédiction la plus juste, et la plus inquiétante.
Le bon
- Productivité : rédaction, analyse de données et développement se sont accélérés de façon mesurable. Moins de plomberie, plus de jugement.
- Santé : imagerie assistée, tri des cas, aide au diagnostic - en production dans des hôpitaux européens.
- Souveraineté : on peut faire tourner des modèles ouverts performants sur du matériel européen, sans envoyer ses données ailleurs. C'est le pari de Circé.
La brute
En 2018 je citais Cambridge Analytica comme un avertissement. En 2026, la manipulation à grande échelle est une capacité disponible. Les deepfakes sont passés du laboratoire au grand public : la voix de votre directeur financier se clone en quelques secondes pour autoriser un virement. Et il y a la dépendance : déléguer son jugement à un modèle est confortable, jusqu'au jour où l'on ne distingue plus ce que l'on pense de ce que la machine suggère.
Ce que je réclamais en 2018 - des règles, des contrôles - existe. L'AI Act européen est entré en application par étapes : interdictions, transparence, exigences pour les systèmes à haut risque. La question n'est plus faut-il réguler, mais comment se mettre en conformité sans tuer l'innovation.
Le truand
Les armes autonomes ont quitté la science-fiction. La géopolitique des modèles de frontière est devenue une affaire d'État : un modèle accessible un matin peut être retiré ou interdit le lendemain pour des raisons d'export ou de sécurité nationale. Bâtir une stratégie critique sur un modèle que vous ne contrôlez pas, c'est construire sur un terrain qui peut vous être retiré sans préavis. Le vrai sujet de 2026, ce n'est pas Skynet : c'est la concentration du pouvoir entre quelques acteurs et quelques juridictions.
Nous sommes les créateurs. Nous sommes responsables.Yann Tromeur, 2018 - et je le maintiens en 2026
Ma conclusion, huit ans plus tard
Je terminais en 2018 par deux impératifs : contrôler le feu, et garder des extincteurs à portée. J'ajoute une troisième règle : gardez toujours une option souveraine. Gouvernez l'IA - cas d'usage validés, traçabilité, conformité AI Act - et ne mettez jamais tous vos œufs dans un modèle que vous ne pouvez ni auditer, ni héberger, ni remplacer.
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